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Anne-Véronique 04/2009

Notre vie au Togo... du 12 mars au 23 avril 2009: Pâques à Dapaong...

Notre vie au Togo...du 12 mars au 23 avril 2009...PAQUES À DAPAONG...

 

Nous avons rendu visite à la pédiatrie de Dapaong. Il s'agit d'un hôpital pour enfants ouvert par les sœurs Augustines hospitalières qui sont aussi à Cambrai. Ce qu'elles ont à cœur et qu'elles transmettent, c'est de lutter pour le respect de la vie des enfants. La vie d'un seul enfant vaut toutes les peines du monde. Preuve en est deux faits qui m'ont marquées :

  • la mise en couveuse d'une petite prématurée de près de deux mois...je ne nous avais jamais vus si petits, nous, les êtres humains. C'est impressionnant un bébé de sept mois seulement. Cette petite est sous couveuse mais la sœur nous disait qu'elle a peu de chance de survivre; pour sa maman c'est déjà le deuxième enfant prématuré et le premier n'a pas survécu non plus. Pourtant elles méritent tous les soins, la mère et son bébé. Il y a d'autres bébés qui attendent des soins...et chacun mérite d'être bien traité au maximum.
  • L'autre fait : une fillette de 12 ans mortellement dénutrie...sa famille allait la ramener chez elle  pour la laisser mourir...une des sœurs s'en est aperçue et a tout fait pour garder l'enfant encore à l'hôpital. Là encore je n'avais jamais vue de si près une fillette aussi dénutrie et j'ai été touchée par la détermination de la sœur de sauver cette enfant parmi une multitude d'enfants pauvres.

Voilà l'ambiance ici aussi à Dapaong...des situations d'extrême pauvreté qui continuent de nous interpeller. Mais ce qui se respire c'est aussi la lutte pour la vie et pour le développement; la lutte pour le respect de toute vie jusqu'au bout.

Nous avons la chance de rencontrer des hommes et des femmes totalement engagés dans cette lutte pour la vie. Des consacrés et laïcs du pays, ou des missionnaires présents dans le pays depuis des dizaines d'années, à l'origine de nombreux dispensaires, hôpitaux ou écoles. C'est beau de voir combien l'Eglise est à la base de tant de projets de développement. C'est ce qui lui confère une forte autorité morale dans tout le pays.

Un autre projet qui m'a enthousiasmée est celui de l'orphelinat de 80 jeunes (de sept mois à 18 ans) touchés par le virus du sida, par leurs parents. C'est maman Rita qui s'en occupe. Au début avec l'aide des sœurs elle leur cherchait un logement dans différentes familles ou dans la ville...mais beaucoup en apprenant qu'ils étaient porteurs du sida ont rejeté ces enfants. Alors maintenant ils sont tous regroupés dans une maison et une cour intérieure qui explosent tant ils sont nombreux...il y a un projet d'agrandissement en cours, financé par le ministère français de la coopération.

Entrer chez eux avec Maman Rita a été un moment fort car on a été tout de suite accueillies très chaleureusement. Deux enfants se sont aussitôt occupés de garer nos vélos. Tous ceux qui étaient là ou qui revenaient de l'école sont venus nous saluer en souriant...de ces sourires qui réchauffent le cœur. Maman Rita nous a expliqué qu'elle a trente enfants au collège, vingt au lycée, vingt autres enfants en apprentissage et avec fierté qu'elle "en a un à l'université"! Voilà la vraie capacité d'un cœur de mère...parler tout naturellement de ses quatre-vingts enfants. Maman Rita respire l'énergie et la joie de vivre! Elle est aidée par une autre maman et on aurait envie de rester également auprès d'elles pour vivre cette expérience impressionnante de vivre au quotidien avec quatre-vingts jeunes...la nuit ils sortent les nattes dehors tellement il fait chaud à l'intérieur. Dans leur ruelle on repère leur maison de par du linge qui sèche en permanence!

Ce mois de mars nous offre deux sessions à Daluag ; au centre d'animation spirituelle construit par le diocèse depuis plusieurs dizaines d'années déjà. Il y a plusieurs pavillons de dortoirs et de chambres ainsi qu'une chapelle, ainsi que des salles de conférence et une grande salle à manger. C'est une communauté de sœurs de Saint François qui veillent sur l'accueil. L'endroit, à cinq km de Dapaong est super joli ; il a été choisi après la découverte d'une source qui est devenue comme un petit sanctuaire autour de Notre Dame de la Source. Les femmes viennent puiser de l'eau et y baigner leurs enfants. En 2004 l'Etat a fait un barrage un peu plus loin ce qui agrémente le paysage d'une belle retenue d'eau...qui alimente toute la ville de Dapaong. Daluag est ainsi un lieu de ressourcement très agréable... mais ces jours-ci, logées dans un dortoir sans ventilation nous y avons cuits!

Comme je vous disais nous avons participé tout d'abord à un jour de retraite pour les religieuses du diocèse...ce qui nous a permis de faire connaissance.

Ensuite nous avons enchaîné sur une session de formation inter-noviciat (participent des postulants et des novices de différentes communautés du diocèse) de quasi une semaine. Car le thème nous paraissait intéressant pour nous aider à nous situer dans la culture africaine...et effectivement c'est tout à fait passionnant: INCULTURATION ET FOI CHRETIENNE.

Nous nous régalons en écoutant le Père Dominique qui anime cette session car il aborde les sujets tabous (les croyances traditionnelles, la sorcellerie, le culte des morts etc ) avec beaucoup de clarté. Il est prêtre du diocèse, vicaire épiscopal pour la pastorale du diocèse, il a fait un doctorat sur le sujet...c'est un cadeau de pouvoir l'écouter. Il parle avec conviction de la forte influence du Christ sur sa vie. Le Christ qu'il présente avec une forte personnalité et aussi dont il rappelle, et c'est là la clef de notre foi chrétienne, la victoire sur toutes les forces du mal et sur la mort.

Les jeunes ont beaucoup de questions et cela donne lieu à de vifs débats qui nous passionnent. Je trouve que les africains ont l'art de parler et de chercher des explications sur des sujets difficiles mais existentiels comme: que devenons-nous après la mort? Où allons-nous? Pourquoi des bébés peuvent-ils mourir?

En ce dimanche de Pâques, joyeuses pâques à tous et chacun. Notre veillée pascale a duré quelque chose comme 4 h 30 car il y avait des centaines de baptêmes...d'adultes...et le baptême d'autres centaines d'enfants sera pour la semaine prochaine. C'est impressionnant de voir autant de baptêmes.

Avant Pâques il y a eu la semaine sainte super dense:

lundi, mardi et mercredi nous avons participé à l'animation de la retraite de baptême et première communion de près de 200 enfants. On leur a parlé de la Samaritaine, de l'aveugle-né et des signes de l'Amour de Jésus dans nos vies. On a même fait un petit théâtre qui a eu beaucoup de succès! J'ai été très agréablement surprise par la qualité de participation de ces enfants, débordants de vitalité et de créativité.

Le lundi soir nous avions aussi la messe chrismale avec tous les prêtres du diocèse réunis autour de l'évêque; cela a été un moment fort de prière pour tous ces hommes prêtres qui ont renouvelé leur engagement auprès de leur évêque pour le service de Dieu et des autres. Nous sommes ensuite allées dîner avec eux à la résidence de l'évêque qui avait apprêté avec générosité un agneau pascal et des gros gâteaux pour tout le monde!

Dieu nous a donné la force pour les trois jours de retraite sous une chaleur augmentée par notre concentration humaine...dans une grande salle paroissiale où nous avions installé une petite(!) télévision pour y passer le film de Jésus moba. C'est un film qui montre l'Evangile avec tous les dialogues en moba. Les enfants sont surpris d'écouter Jésus parler dans leur langue maternelle. Vous verrez sur les photos...comment on s'est débrouillé avec les moyens du bord. Je me suis mise à penser avec nostalgie à nos conditions d'apostolat en Europe, tellement différentes d'ici.

Le jeudi saint, après un repos bien nécessaire nous avons eu la célébration de la cène, avec l'évêque à la Cathédrale (qui est la paroisse la plus proche de chez nous). Un moment fort a été le lavement des pieds: très symbolique: l'évêque a lavé les pieds d'un catéchiste, un catéchiste a lavé les pieds d'un catéchumène, un époux a lavé les pieds de son épouse, un professeur a lavé les pieds d'un élève, une dame très élégante a lavé les pieds de sa jeune bonne, un patron a lavé les pieds de son apprenti, etc  c'était un geste prophétique dont l'évêque a souligné l'importance.

Cette nuit là, nuit de Gethsémani pour Jésus il y a deux mille ans, la lune illuminait notre chemin. Dans la ville de Dapaong,  il n'y a pas d'éclairage public et le soir chacun se débrouille avec sa torche ou le phare des motos pour voir où il met les pieds...mais cette nuit était comme magiquement claire...une nuit de grande lucidité pour Jésus qui se livre volontairement entre nos mains.

Le vendredi nous attendait le chemin de croix dès 14 h30 sous un soleil de plomb. Il était représenté par les jeunes du quartier. Ce qui nous a le plus impressionnées c'est que les "Romains" étaient habillés en tenue militaire du Togo, kaki...ce qui nous évoquait la violence actuelle de la guerre dans de nombreux pays. J'ai eu beaucoup de mal à faire des photos car nous étions engloutis par la foule et la poussière dans ce chemin de croix du quartier... Amparo a eu du mal à s'en remettre, touchée par un début d'insolation. Même si un peu d'ombre était au rendez vous au moment de la crucifixion.

Ouf le samedi saint est arrivé et le dimanche de la Résurrection.

Le mardi Cristina et moi sommes parties pour quatre jours à la pointe est du diocèse. Vous verrez sur les photos que c'est une région aussi désertique que d'autres. Nous y avons rencontré un prêtre espagnol qui communique la sérénité joyeuse de celui qui se donne au Christ sans conditions! Il nous a raconté qu'au début de la création de sa paroisse il dormait dans la toute petite sacristie et les enfants se pressaient chaque matin à la porte pour voir où avait dormi le blanc! Cette région de l'est est isolée pendant la saison des pluies car les routes deviennent impraticables. La pauvreté du pays se manifeste dans l'état des routes; quelques chantiers sont entrepris mais ensuite sont délaissés car les moyens financiers ont disparu.

Bon,  Les Amis,  je m'arrête là pour l'instant, préférant vous envoyer quelque chose à lire que de chercher à peaufiner. Non! C'est la vie en brut que nous vivons que nous voulons vous partager pour nous sentir en communion avec vous aussi.

Nous vous embrassons et à la prochaine.

Article publié par Coopération missionnaire • Publié Jeudi 31 déc 2009 - 10h19 • 1157 visites

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