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Nouvelles de Haïti reçues en mars 2010

Lettre de Soeur Jean-Joseph, directrice de l'école de Saint-Michel de l'Attalaye, Haïti

Saint-Michel de l’Attalaye, le 16 mars 2010
 
 
Bien Chers Amis, Parents et Sœurs,
 

Soeur Jean-Joseph venue témoigner à Douai, en juillet 2009, de la vie en Haïti Sr JeanJo Haiti  
Soeur Jean-Joseph venue témoigner à Douai, en juillet 2009, de la vie en Haïti
Soeur Jean-Joseph venue témoigner à Douai, en juillet 2009, de la vie en Haïti
 Haïti ne fait plus la une des médias.

Heureusement ! Même si des répliques  du séisme,

plus ou moins importantes se font encore sentir dans

la zone de Port au Prince.

Il me tarde de vous donner quelques nouvelles

mais surtout de vous exprimer un très profond MERCI. 

Nous avons présenté nos besoins et exposer

nos problèmes à notre Association Haïti-Présences 

et nous avons rencontré une totale compréhension. Vivre dans un climat de confiance réciproque, c’est réconfortant et apaisant. Vous avez voulu aider les Haïtiens dans leur détresse  et les soutenir dans leur détermination à reconstruire le pays. Vous avez réussi. Laissez-moi vous donner quelques exemples.

 
 Pour les familles en deuil, vous nous avez permis d’accompagner nos mots de sympathie d’un geste significatif. Plusieurs m’en ont reparlé avec émotion et gratitude. Je vous avais confié mon inquiétude pour les élèves du 3ème cycle. Chaque semaine, 53h de cours devaient être dispensées par des professeurs non rémunérés depuis 2, 3 ou 4 ans et qui ne devaient pas compter sur un changement dans leur situation cette année, les archives du Ministère étant enfouies sous les décombres. Vous avez apporté la solution au problème. Ces enseignants travaillent normalement, grâce à vous. Ils n’ont pas été  très exigeants puisque avec deux euros par heure effective –compte tenu des jours fériés et des vacances- ils se montrent satisfaits et apprécient  ce « geste d’humanité ». Beaucoup de familles ont accueilli leurs proches réfugiés et souvent sinistrés. On préparait 6 plats, il en faut 12 maintenant et le budget reste le même alors que les prix augmentent. Une maman m’a dit l’autre jour: « ma sœur, j’ai honte, je n’ai pu donner à mes enfants que 3 gourdes de canne à sucre comme repas ». Or, c’était un dimanche. Certains ne demandent pas du tout  mais au cours des conversations, nous réalisons la situation. Quand un enseignant du privé doit sacrifier 4 mois de salaire pour son logement – un modeste abri-, que lui reste-t-il pour subsister avec une femme et un bébé ? Nous préparons un colis en y glissant une enveloppe. Le soleil entre dans la maison ! Parfois, les colis de Soeur Pierre-Marie contenaient des toiles: tissus d’ameublement, draps, voilages etc...; Nous avons tout rassemblé et organisé un « marché sinistrés » avec le personnel. Chacun est rentré chez soi avec un volumineux paquet à partager. L’hiver, les nuits sont fraîches. Certaines étoffes servaient de couvertures et d’autres facilitaient l’aménagement des locaux dans la maison surpeuplée. L’Artibonite, notre département, a accueilli plus de 60 000 réfugiés dont 12 000 à Saint-Michel. La raison en est simple: nous cultivons. ! Maïs, pitimi, patates douces, pois, haricots, ignames ne sont pas des nourritures de luxe mais elles sont suffisantes. Une rumeur circule : s’il fallait déplacer la capitale d’Haïti, on éliminerait les régions côtières ainsi que les zones à risques. Près du bourg, Saint-Michel (2) dispose d’un très  vaste espace vide et notre région n’est pas sur la faille qui a englouti Port-au-Prince. Alors, pourquoi pas ? A suivre !
 
Qu’avons-nous fait pour accueillir les milliers d’élèves de «Popoprince » comme le dit Cloé, une petite réfugiée de 4 ans à peine ? Les demandes ont été très nombreuses. Toutes les élèves d’écoles congréganistes voulaient s’inscrire chez les Sœurs. Or, il n’y a qu’une seule école congréganiste à Saint-Michel tandis qu’il y en a près de 50 dans la grande ville. Nous avons recruté 51 élèves dont certaines sont les enfants de nos Anciennes. Elles ne sont pas toutes sur la photo (1) car il y a eu des ‘‘cas’’ de dernière minute. Vous verrez aussi que les classes sont pleines. Le Ministère de l’Intérieur nous a donné la consigne de ne rien percevoir comme frais de scolarité. Cependant ces élèves bénéficient de la cantine et ont les manuels scolaires nécessaires, grâce à  votre générosité. Merci pour cela aussi. La Commune, s’est démenée pour répondre aux besoins  de l’énorme population scolaire. Par chance, un nouveau Lycée tout récemment construit, n’était pas encore occupé. La Mairesse a trouvé des fonds et a obtenu l’accord du Proviseur pour utiliser les nouveaux locaux.12 salles de classe sont maintenant remplies avec des 3ème  et des Lycéens. Pour les universitaires, hélas ! Nous ne sommes pas en mesure de répondre à  leurs attentes ! Quelques jeunes, diplômés de l’Institut Français de Port-au-Prince, ont pris l’initiative de créer un cours sur la communication. Il s’agit, bien sûr, de s’exprimer en français. Les responsables du projet se chargent de la partie technique et ils ont demandé à deux enseignants de travailler sur le français de base. Je suis l’un des deux. Le mercredi et le samedi, je me retrouve avec un auditoire de grands jeunes gens et jeunes filles et même d’adultes. Ils sont très sympathiques. Une bien petite goutte d’eau dans l’océan des besoins pour la reconstruction du pays.
 A ce propos, nous avons posé une question aux élèves de chaque classe: «Que ferez-vous pour reconstruire le pays?» Les 6F (CM2) s’acharnent au reboisement: un millier de plantules ; tandis que les 4F (CE2) veulent semer la réconciliation là où elles vivent, à la maison, dans le quartier, en classe. Je suis sûre que chaque classe donnera sa réponse d’ici peu.
La rentrée du 2ème trimestre, le 2 février 2010, a été plutôt timide mais depuis le 8, nous travaillons normalement avec une interruption pour des journées de prière proposées dans toute la République. Dans ces temps prolongés d’adoration et de supplication, on pense à la réflexion du Frère Roger de Taizé. Après une visite en Haïti, il déclarait: «J’ai rencontré un peuple contemplatif». Notre église était comble, avec une proportion égale d’adultes, de jeunes et d’enfants. Trois jours de suite, nous avons longuement prié avec recueillement et ferveur.
 
«Le temps court» disent les professeurs. Le 25 mars, nous célébrerons l’Annonciation, ce sera la fête de l’école. Une expression qui fait vibrer le cœur de nos 813 enfants. C’est encore vous qui leur offrez cette journée extraordinaire. Après une Messe plus que festive, ils se retrouveront dans une cour décorée par les parents  et devant  un plat de fête. C’est le seul jour de l’année où ils voient de la viande dans leur assiette. On reprendra son sérieux pour les compositions du trimestre.
Puis ce sera la grande joie de Pâques ! Un peu à l’avance, Sœur Apolline, Sœur Elizabeth et moi, nous formulons un souhait: Que l’Alléluia éclate dans votre cœur et dans toute votre vie ! Christ est ressuscité !
 
Je vous embrasse de tout cœur.
Soeur Jean-Jo.
 
(1) Jean-Jo fait allusion à des photos mais elle ne les a pas jointes à cette lettre. Ce sera pour un prochain envoi.
 
 (2) Saint-Michel-de-l'Attalaye (Sen Michèl Latalay en créole haïtien) est une ville à l'ouest d'Haïti. Elle est située dans l'Arrondissement de Marmelade situé dans le département de l'Artibonite.

Article publié par Coopération missionnaire • Publié Vendredi 26 mars 2010 - 09h24 • 2094 visites

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