L'abbé Ignace DELOUH, Fidei Donum

Article paru dans Église de Cambrai n° 15 du 20 septembre 2018

Abbé Ignace DELOUH Abbé Ignace DELOUH  

 

 

 

 

Nous avons rencontré l'abbé Ignace DELOUH, originaire du Bénin, le 19 juin dernier; il rentrera en septembre au pays, après 7 années passées dans le doyenné du Cateau-Cambrésis.

 

Pouvez-vous nous décrire à grands traits votre parcours vers la prêtrise ? votre parcours de prêtre au Bénin et ici ?

Je suis né le 1er août 1963 à Zinvié (village à près de 30 km de Cotonou), deuxième d'une fratrie de six. Ma mère, fille d'une grande prêtresse du culte Vaudou, et destinée au couvent fétiche pour être initiée aux rituels traditionnels, a fait, adolescente, le choix du christianisme. A 14 ans, elle a fuit sa famille, et a été recueillie par le curé du village. Elle a reçu le baptême, puis une éducation religieuse et pratique (couture et enseignement ménager) dans une école tenue par les OCPSP (Oblates Catéchistes Petites Servantes des Pauvres). Ce prêtre qui l'avait accueillie était devenu sa famille, et c'est auprès de lui que notre père (lui aussi chrétien converti) l'a épousée.

A 2 ans, j'ai eu un problème de santé qui a causé mon infirmité, et c'est ce prêtre qui m'a sauvé la vie (on me l'a raconté). C'est le modèle de ce prêtre, pasteur dans son église, et qui s'occupait aussi beaucoup du social qui m'a inspiré. J'ai sa photo toujours sur moi, et avec mes frères et sœurs (un de mes frères est décédé en 2005, ma sœur aînée et mon plus jeune frère vivent au Bénin, ma 2ème sœur vit à Genève et ma 3ème sœur au Cameroun), nous le considérions comme notre grand père.

Déjà à 5ans, j'exprimais le désir de devenir prêtre. A 14 ans je suis entré au petit séminaire. Et le 8 décembre 1990 j'ai été ordonné prêtre à la Basilique de Ouidah. Après mon ordination j'ai été un an vicaire dans la paroisse St-Michel de Cotonou, puis pendant six ans formateur au petit séminaire de Djimé (là où j'avais été élève).

De 1997 à 1999, je suis venu en France, à Vénasque dans le Vaucluse (Notre-Dame de Vie) pour faire une maîtrise de théologie.

De retour au Bénin, j'ai été 10 ans curé de la paroisse St-Antoine de Padoue (Abomey-Calavi), et vicaire épiscopal chargé de coordonner la pastorale dans le Département de l'Atlantique, la zone II du diocèse de Cotonou. En même temps, durant les 3 premières années, j'étais formateur au Grand Séminaire St-Gall de Ouidah, Quand en 2010 mon évêque a démissionné pour problèmes de santé, fatigué, j'ai demandé une année sabbatique pour me ressourcer, et c'est le diocèse de Cambrai qui m'a accueilli. Au cours de cette année sabbatique, Mgr GARNIER m'a proposé de faire une expérience de prêtre Fidei Donum avec l'accord de l'évêque de Cotonou. Ce fut fait, et j'ai été nommé en 2012 prêtre associé dans la paroisse Ste-Maxellende en Cambrésis (Caudry), mission dans laquelle, au fil de trois années, je me suis vu plus proche de la catéchèse et des mouvements de jeunes. Mon contrat a été renouvelé en 2015 où je suis devenu curé solidaire pour le doyenné du Cateau-Cambrésis, référent de la paroisse Ste-Maxellende. J'arrive en fin de contrat le 1er septembre 2018.

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Quelles observations pouvez-vous nous partager sur ces 7 années de vie pastorale dans le diocèse ?

Je suis venu à la rencontre d'une Église que je connaissais un peu. J'ai séjourné régulièrement en France depuis 1992, et la formation à Notre-Dame de Vie m'a permis d'être à plein temps dans cette Église pendant deux années.

Ce qui m'a marqué quand je suis arrivé à Caudry, c'est l'organisation de la communauté ecclésiale. Surtout la prise de responsabilité, l'engagement des laïcs dans un bénévolat que nous ne connaissons pas au Bénin. Chacun savait ce qu'il avait à faire et participait volontiers aux temps de formation liés à son engagement.

Aussi le travail en équipe des agents pastoraux, prêtres, EAP dans une concertation pour l'édification de la communauté. Chez nous souvent le prêtre est la tête à penser qui indique l'orientation à tous, et l'on suit. Ici, il y a une participation, une collaboration qui n'est pas à mettre en place, elle est déjà entrée dans les mœurs.

Enfin, il y a la prévision : un planning est établi en concertation dès la rentrée et suivi jusqu'à la fin de l'année. Soit dit en passant, c'est ici que j'ai appris à utiliser un agenda !


Un point faible – et encore quand j'entends des confrères du Sud, ici on ne peut pas se plaindre – est le petit nombre et le grand âge de ceux qui fréquentent l’Église. Quand on voit comment on se presse aujourd'hui au Bénin pour aller vers cette richesse que nous ont apporté les missionnaires, on est un peu surpris. Ici on ne se presse pas, et les jeunes sont très peu à être présents.

Il en va de même – on les trouve parmi ceux qui fréquentent – chez les personnes qui s'investissent. Beaucoup de choses reposent sur peu d'individus, engagés dans beaucoup d'activités, au point parfois être submergés. Et on ne voit pas la relève. Il y a des jeunes qui s'engagent en lien avec la catéchisation de leur enfant. Ces engagements sont sincères et fidèles, mais s'arrêtent souvent quand l'enfant a fini son parcours.

On pourrait encore mettre en lien à cette pauvre fréquentation, la chute du nombre de séminaristes.

Les autres points faibles ne sont pas propres à la communauté chrétienne. Par exemple, je me pose beaucoup de questions sur les évolutions en matière d'éducation aujourd'hui ; c'est un fait de société qui rejaillit sur l’Église.

 

Vous retournez au Bénin début septembre, comment regardez-vous ce départ ?

Dès le début je le disais : je ne suis pas venu pour rester. Le moment est venu où j'ai accompli mes 2 mandats de Fidei Domun ici, et le nouvel évêque de Cotonou a exprimé son désir de me voir rentrer pour participer à sa charge là-bas. Aujourd'hui, je ne connais pas encore la mission qui sera la mienne. Dans l'échange que j'ai eu avec mon évêque, il m'a parlé d'accompagnement spirituel. Est-ce que ce sera en paroisse ? Dans un centre de formation ? J'attends des précisions.


A l'heure de quitter le diocèse de Cambrai, je voudrais dire toute ma gratitude. Au clergé du diocèse qui m'a permis de vivre cette belle expérience de Fidei Donum. Pour les occasions de formation ("Revisitons notre foi" à Raismes, à l'antenne de Théologie de Cambrai...). Pour les carrefours de travail, de partage très riches avec les confrères. Au groupe avec qui j'ai vraiment vécu la fraternité, et qui m'a accompagné au Bénin pour mes 25 ans de sacerdoce. Je repars riche de toutes ces rencontres, ces expériences. Je n’exagérerais pas en disant que c'est une école que je suis venu faire, qu'elle m'a beaucoup appris. Et quand j'aurais ma nouvelle mission elle sera menée autrement. Merci, merci aux uns et aux autres.

 

Propos recueillis par Michel LAISNE

 

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Article publié par MICHEL LAISNE • Publié le Jeudi 04 avril 2019 - 14h43 • 752 visites

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